Les choses parlent toutes seules

Elle, déjà, tu la vois elle est drôle, l’éponge, elle est tout le temps drôle, elle est associée à toutes sortes de situations pas possibles où, mais bon c’est l’artiss qui la met dans toutes les positions, surtout les positions où les femmes (parce que l’expo, voyez c’est dans le cadre de la journée de la femme à Créteil que ça m’a fait beaucoup rire) où les femmes , mais ne soyons pas sexistes, où les êtres humains ont à faire quotidiennement avec des éponges, donc l’éponge peut être une chose (populaire hein) qui nous raconte beaucoup de choses, sur tout ce que l’on vit, la vie, la retraite, l’égalité, etc et tout le fourbis, une éponge parabole quoi, parce que les choses parlent…

Elles parlent plus les choses que l’artiss qui elle aussi est drôle, et te dit en balançant la tête de droite à gauche que oui, mais bon tu vois si tu regardes bien oui bien sûr mais tu sais avec ces éponges là y a rien de sûr même si c’est des gratte gratte parce que ça dépend de la chose du modèle d’absorption etc…

Elle est drôle la femme, et c’est rare les plasticiennes drôles qui peuvent détourner les choses les faire parler à tout le monde en détournant les choses et les sens de manières subversives, et ce sont les choses qui s’en trouvent soulagées, et les éponges et les accordéons qui rigolent. Parce que pour les accordéons qui jouent tout seuls aussi, c’est drôle, elle doit être animiste cette Cathrerine V, elle est drôle, mais faut dire que quand tu rentres dans son atelier, les choses vivent leur vie toutes seules, les unes à côté des autres, naturellement surréalistes, éponges sur accordéon, avec horloge, machine-outil, flipper, et traversée du temps… la chose parle malgré elle…
Jean-Pierre Renault
Écrivain
www.auteur-jeanpierrerenault.com

Portrait d’une artiste hors normes

Elle tisse des liens entre les matières. Réinvente le langage des choses. Elle transforme, redonne vie, la sculptrice Catherine Videlaine… Vie de Laine… amasse les objets, les tord, leur donne une nouvelle fonction. Un nouveau sens. Catherine suit les voies du labyrinthe et déroule le fil du passé. Ivre de bise, elle glisse dans le travers des lames… de la mer… LA MERE… qui éponge bien des maux. Et lui confère une grande capacité d’absorption. Les mots pour le dire. Les voilà écrits sur cette substance spongieuse. Dénonciation de la femme victime. De la femme mutilée. De la femme assassinée.

Catherine Videlaine déstructure pour mieux renommer les éléments. Elle aspire la matière. Comme ces drôles d’aspirateurs, produits d’un quotidien, les arts ménagers, bien trop féminins, qu’elle annule, qu’elle exhibe autrement. Elle balaie à sa manière ces choses de la vie. Sans ménagement, elle transgresse les genres.
Catherine Videlaine rejoue la matière. Elle donne un bal déstructuré aux instruments désaccordés. Des accordéons sous toutes les coutures évoluent, bougent, et font couler notes, sons et mélodies perdues. Un transfert musical inspiré.

Catherine Videlaine donne rendez-vous à la mémoire. Créatrice d’images et d’identités culturelles, elle redonne sens au non-sens.

Françoise Jallot
Journaliste